{"id":2283,"date":"2016-05-19T22:24:28","date_gmt":"2016-05-19T20:24:28","guid":{"rendered":"http:\/\/high-concept.fr\/?p=2283"},"modified":"2023-05-25T11:06:59","modified_gmt":"2023-05-25T09:06:59","slug":"adaptation-cinematographique-piece-theatre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/scriptdoctor.fr\/boutique\/adaptation-cinematographique-piece-theatre\/","title":{"rendered":"L&rsquo;adaptation cin\u00e9matographique d&rsquo;une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre"},"content":{"rendered":"<p>Le cin\u00e9ma a su puiser dans les grandes \u0153uvres th\u00e9\u00e2trales pour se renouveler, se r\u00e9inventer. Shakespeare, Tchekhov, Tennessee Williams, quelques exemples parmi les plus grands dramaturges, ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement adapt\u00e9s.&nbsp;De la sc\u00e8ne au cin\u00e9ma ces \u0153uvres ne perdent pas de leur \u00e9clat, de leur force. Leur message reste intact. On les red\u00e9couvre par les possibilit\u00e9s qu\u2019offre l\u2019image d\u2019aller chercher ce qui n\u2019appartient pas au th\u00e9\u00e2tre&nbsp;: un visage d\u2019acteur en gros plan, un espace de jeu plus r\u00e9aliste, une autre esth\u00e9tique visuelle.<\/p>\n<p>Voici un modeste retour d&rsquo;exp\u00e9rience sur ma r\u00e9cente adaptation cin\u00e9matographique de <em>Derniers remords avant l\u2019oubli<\/em>, une com\u00e9die sentimentale* de Jean-Luc Lagarce (1957-1995). (Actuellement l\u2019auteur contemporain le plus jou\u00e9 sur les grandes sc\u00e8nes th\u00e9\u00e2trales fran\u00e7aises ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Depuis sa disparition, son \u0153uvre litt\u00e9raire conna\u00eet un succ\u00e8s public et critique grandissant. Elle est traduite en vingt-cinq langues. <em>Juste la fin du monde<\/em> vient d\u2019\u00eatre adapt\u00e9 au cin\u00e9ma par Xavier Dolan.)<\/p>\n<p><i>*Pour apprendre \u00e0 manier ce genre, ne manquez pas la prochaine formation High Concept <a href=\"https:\/\/scriptdoctor.fr\/boutique\/tarif\/masterclass-ecriture\/?attribute_formation=%C3%89crire+et+vendre+la+com%C3%A9die\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">\u00c9crire et vendre une com\u00e9die<\/a>.<\/i><\/p>\n<h2>Garder les dialogues originaux<\/h2>\n<p>Souvent l\u2019enjeu est l\u00e0&nbsp;: comment adapter l\u2019\u0153uvre originale sans en d\u00e9naturer le fond, la forme et plus particuli\u00e8rement son langage&nbsp;?<\/p>\n<p>Prenez Jean-Luc Lagarce par exemple. Le succ\u00e8s de son \u0153uvre ne s&rsquo;explique pas par des structures dramatiques sophistiqu\u00e9es, mais plut\u00f4t par la virtuosit\u00e9 de ses dialogues, qui sont au service de th\u00e8mes simples et universels, comme la difficult\u00e9 d&rsquo;obtenir une v\u00e9rit\u00e9 relationnelle&nbsp;:<\/p>\n<ul class=\"continuite\">\n<li class=\"sequence\"><em>DERNIERS REMORDS AVANT L&rsquo;OUBLI<\/em><\/li>\n<li class=\"tache\">LE PITCH DE LA PI\u00c8CE<\/li>\n<li class=\"tache\">Un dimanche \u00e0 la campagne, au d\u00e9but des ann\u00e9es 90, dans une maison o\u00f9 trois des personnages, H\u00c9L\u00c8NE, PIERRE et PAUL  (la quarantaine), ont v\u00e9cu une histoire d\u2019amour vingt ans plus t\u00f4t&#8230; l\u2019esprit communautaire, les ann\u00e9es 70. \u2028Puis ils se sont s\u00e9par\u00e9s. Pierre vit toujours en solitaire dans cette maison. H\u00e9l\u00e8ne et Paul se sont mari\u00e9s chacun de leur c\u00f4t\u00e9, ailleurs.\u2028 Ce jour-l\u00e0, ils reviennent pour d\u00e9battre de la vente de la maison, qu\u2019ils avaient achet\u00e9e en commun et qui a pris de la valeur. Ils ont besoin d\u2019argent. Mais sont-ils seulement venus pour cela ? Il y a dans les placards des cadavres sentimentaux, des secrets, des id\u00e9aux perdus et des remords&#8230; <em>Derniers remords avant l\u2019oubli<\/em> est une com\u00e9die acide sur l\u2019amiti\u00e9 et l\u2019amour, sur l\u2019arrangement avec la r\u00e9alit\u00e9.\n<p>&nbsp;<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le langage de Jean-Luc Lagarce n\u2019est pas quotidien mais n\u00e9anmoins juste et dr\u00f4le. C\u2019est une \u00e9preuve pour les acteurs car il faut domestiquer cette langue, la rendre vivante. Le plaisir de jouer Lagarce devient alors sans fin, nous disent les com\u00e9diens. <b>Faire entendre ce texte au cin\u00e9ma dans sa forme originale est un d\u00e9fi passionnant.<\/b><\/p>\n<ul class=\"continuite\">\n<li class=\"effet\">Extrait du sc\u00e9nario de Jean-Marc Culiersi et Pierre Larribe, d\u2019apr\u00e8s la pi\u00e8ce de Jean-Luc Lagarce.<\/li>\n<li class=\"sequence\">4. EXT. PORTAIL DE LA MAISON \/ ALL\u00c9E &#8211; JOUR<\/li>\n<li class=\"tache\">PIERRE ouvre le portail en bois sur H\u00c9L\u00c8NE, 45 ans, cheveux courts, le port altier, regard per\u00e7ant, visage tendu. Une g\u00eane perceptible puis ils se sourient timidement.<\/li>\n<li class=\"personnage\">PIERRE<\/li>\n<li class=\"parentheses\">(La gorge nou\u00e9e)<\/li>\n<li class=\"dialogue\">Je suis content. Tu vas bien ?<\/li>\n<li class=\"tache\">Derri\u00e8re H\u00e9l\u00e8ne, surgit PAUL, 43 ans, grand, une calvitie bien avanc\u00e9e, des lunettes de vue rondes, le sourire aux l\u00e8vres.<\/li>\n<li class=\"personnage\">PIERRE<\/li>\n<li class=\"parentheses\">(S\u2019effor\u00e7ant d\u2019\u00eatre convivial)<\/li>\n<li class=\"dialogue\">Vous allez bien ? Est-ce que vous allez bien ?<\/li>\n<li class=\"tache\">Paul fait la bise \u00e0 Pierre.<\/li>\n<li class=\"personnage\">PAUL<\/li>\n<li class=\"parentheses\">(\u00e0 H\u00e9l\u00e8ne)<\/li>\n<li class=\"dialogue\">Je pensais que nous arriverions avant vous.<\/li>\n<li class=\"tache\">Sans lui r\u00e9pondre H\u00e9l\u00e8ne remonte d\u2019un pas d\u00e9cid\u00e9 l\u2019all\u00e9e qui m\u00e8ne \u00e0 la maison. Pierre \u00e9change un regard inquiet avec Paul qui lui r\u00e9pond par un sourire embarrass\u00e9.<\/li>\n<li class=\"tache\">Pierre referme le portail qui bute sur ANTOINE, le mari d\u2019H\u00e9l\u00e8ne, 49 ans, un petit homme au visage sympathique. Antoine se faufile par l\u2019entreb\u00e2illement du portail.<\/li>\n<li class=\"tache\">Une bouteille de vin \u00e0 la main, il se plante devant Paul et Pierre. Pierre est visiblement tr\u00e8s surpris par sa pr\u00e9sence.<\/li>\n<li class=\"personnage\">ANTOINE<\/li>\n<li class=\"parentheses\">(Souriant, \u00e0 Paul et Pierre)<\/li>\n<li class=\"dialogue\">C\u2019est \u00e0 dire&#8230; la route est bonne, nous avons bien roul\u00e9, elle se souvenait parfaitement du trajet\u2026<\/li>\n<li class=\"tache\">Antoine donne la bouteille \u00e0 Pierre qui la prend machinalement.<\/li>\n<li class=\"personnage\">H\u00c9L\u00c8NE<\/li>\n<li class=\"parentheses\">(\u00c0 la cantonade tout en examinant le toit, soucieuse)<\/li>\n<li class=\"dialogue\">C\u2019est Antoine, lui l\u00e0. C\u2019est mon mari.<\/li>\n<li class=\"tache\">Antoine tend la main \u00e0 Pierre qui est distrait par l\u2019irruption de LISE, 17 ans, casque audio viss\u00e9 sur les oreilles.<\/li>\n<li class=\"personnage\">LISE<\/li>\n<li class=\"parentheses\">(Passant devant Pierre et Paul sans s\u2019arr\u00eater)<\/li>\n<li class=\"dialogue\">Je m\u2019appelle Lise. Je suis leur fille, la seconde fille, leur fille<\/li>\n<li class=\"parentheses\">(D\u00e9signant du doigt H\u00e9l\u00e8ne et Antoine)<\/li>\n<li class=\"dialogue\">\u00e0 eux deux, l\u00e0.<\/li>\n<p>&nbsp;<\/ul>\n<h2>Casser le huis-clos, mais pas trop !<\/h2>\n<p>Une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre est souvent, par nature, un huis clos qui peut facilement s&rsquo;adapter. La pi\u00e8ce de Lagarce par exemple, n\u2019offre ni contexte historique dat\u00e9, ni cadre g\u00e9ographique situable. Il n\u2019existe pas de didascalies d\u00e9crivant un d\u00e9cor, et les dialogues donnent \u00e0 ce sujet peu de d\u00e9tails pr\u00e9cis. Au d\u00e9but de notre r\u00e9flexion, mon co-sc\u00e9nariste Pierre Larribe et moi croyions qu\u2019il fallait a\u00e9rer la pi\u00e8ce, en faire un film proprement dit en sortant de l\u2019univers clos de la maison. Nous pensions qu\u2019il fallait <i>montrer<\/i> ce que racontent les personnages de leur pass\u00e9, les d\u00e9couvrir avant cette r\u00e9union dans leur quotidien pour mieux les d\u00e9finir, les saisir, sortir de cette maison \u00e9touffante et s\u2019aventurer dans l\u2019environnement de ce lieu- dit. A\u00e9rer donc. Mais nos premi\u00e8res tentatives n\u2019apport\u00e8rent rien, tout s\u2019en allait \u00e0 vau-l\u2019eau.<\/p>\n<p>Nous compr\u00eemes alors que <b>la force de l&rsquo;\u00e9criture th\u00e9\u00e2trale r\u00e9side souvent dans son efficacit\u00e9 minimaliste<\/b>. Il nous fallait au contraire <b>se concentrer essentiellement sur l\u2019ar\u00e8ne o\u00f9 s\u2019affrontent les personnages<\/b>. <i>La maison devient alors le symbole tangible des contradictions id\u00e9ologiques des trois amis. Dans les ann\u00e9es 70, ils \u00e9taient en rupture avec leurs origines bourgeoises. Cette maison perdue dans la campagne, loin du monde urbain et capitaliste, \u00e9tait leur refuge, l\u2019expression illusoire de leur r\u00e9volte. Aujourd\u2019hui ils doivent vendre la maison pour en finir d\u00e9finitivement avec ce pass\u00e9. Mais ce n\u2019est pas si facile. C\u2019est une r\u00e9flexion sociale et politique qui est ainsi propos\u00e9e.<\/i><\/p>\n<p><b>Nous avons ainsi d\u00e9cid\u00e9 de montrer seulement les ext\u00e9rieurs proches. Cela nous a permis de nous d\u00e9tacher de la proposition th\u00e9\u00e2trale originale mais aussi, et surtout, de montrer que le huis-clos sous tension qui se joue \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, n\u2019\u00e9pargne pas l\u2019ext\u00e9rieur<\/b>. <i>Toute la propri\u00e9t\u00e9 est le th\u00e9\u00e2tre de la violence des sentiments que traversent les personnages. Le jardin, uniquement \u00e9voqu\u00e9 dans la pi\u00e8ce, appara\u00eet comme un espace qui n\u2019a de charmant que le cadre car les affrontements continuent de s\u2019y exprimer sans rel\u00e2che, m\u00eame chez ceux qui esp\u00e9raient y trouver un refuge.<\/i><\/p>\n<h2>\u00c9crire entre les sc\u00e8nes existantes<\/h2>\n<p><b>Le hors-champ entre les actes, voire les sc\u00e8nes, laissent la place \u00e0 l\u2019extrapolation<\/b>, \u00e0 la libert\u00e9 de digresser, de d\u00e9velopper l\u2019univers des personnages. <b>C\u2019est aussi une invitation \u00e0 r\u00e9inventer <i>l\u2019ordre<\/i> des s\u00e9quences<\/b>. Affirmer un point de vue, donc adapter.<\/p>\n<p>Lagarce, en amoureux du cin\u00e9ma, propose ainsi entre chaque tableau des ellipses importantes. Nous avons imagin\u00e9 des sc\u00e8nes suppl\u00e9mentaires qui nous permettent d\u2019aller plus loin dans ce que vivent, traversent les personnages. Trahissons-nous l\u2019auteur, l\u2019\u0153uvre originale, en proposant ces nouvelles situations&nbsp;? Dans ce cas pr\u00e9cis, il nous est apparu \u00e9videmment que ces nouvelles propositions \u00e9taient le prolongement ou le d\u00e9veloppement de ce qui \u00e9tait en germe dans les dialogues originaux. Nous n\u2019avons pas \u00e9crit de nouveaux dialogues, le texte de Lagarce ne saurait souffrir la juxtaposition d\u2019une \u00e9criture distincte ou \u00ab&nbsp;\u00e0 la mani\u00e8re de&nbsp;\u00bb. Il y aurait eu un v\u00e9ritable probl\u00e8me de coh\u00e9rence dans le style et dans l\u2019univers du film. C\u2019est pour cela que nous avons opt\u00e9 pour des s\u00e9quences sans texte. Ce sont des situations qui racontent les personnages quand ils ne parlent pas, quand ils ne se parlent plus, quand ils sont soumis au silence ou oblig\u00e9s d\u2019agir parce que la parole est vaine, impossible. Dans leurs instants de solitude, parfois touchants, parfois ridicules.<\/p>\n<p>Vous pouvez suivre les \u00e9tapes de la production de mon film sur le site derniers-remords.com. Et pour approfondir le sujet sur High Concept, je vous encourage vivement \u00e0 suivre ce <a href=\"https:\/\/scriptdoctor.fr\/boutique\/les-dialogues-de-films\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">cycle d&rsquo;articles sur l&rsquo;\u00e9criture des dialogues<\/a>.<\/p>\n<p>A bient\u00f4t&nbsp;!<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment adapter au cin\u00e9ma une oeuvre de th\u00e9\u00e2tre comme celle de Jean-Luc Lagarce ? Retour d&rsquo;exp\u00e9rience sur le travail d&rsquo;adaptation cin\u00e9matographique d&rsquo;un sc\u00e9nariste.<\/p>\n","protected":false},"author":34,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_genesis_hide_title":false,"_genesis_hide_breadcrumbs":false,"_genesis_hide_singular_image":false,"_genesis_hide_footer_widgets":false,"_genesis_custom_body_class":"","_genesis_custom_post_class":"","_genesis_layout":"","footnotes":""},"categories":[233,256,257],"tags":[11],"class_list":{"0":"post-2283","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","6":"category-boutique-script-doctor","7":"category-blog-scenario","8":"category-conseils-scenario","9":"tag-ecrire-comedie-film-serie-comique","10":"entry"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/scriptdoctor.fr\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2283","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/scriptdoctor.fr\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/scriptdoctor.fr\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/scriptdoctor.fr\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/users\/34"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/scriptdoctor.fr\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2283"}],"version-history":[{"count":27,"href":"https:\/\/scriptdoctor.fr\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2283\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16489,"href":"https:\/\/scriptdoctor.fr\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2283\/revisions\/16489"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/scriptdoctor.fr\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2283"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/scriptdoctor.fr\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2283"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/scriptdoctor.fr\/boutique\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2283"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}